Texte de présentation
Que sont nos pervers devenus?
La conceptualisation des perversions trouvent son origine dans la première moitié du XIXème siècle. Les médecins qui ne s’appellent pas encore psychiatres revendiquent de pouvoir s’occuper de certaines “pathologies”, en lieu et place de la justice : parmi les premiers cas cités, il y a un déterreur de jeunes femmes fraîchement enterrées qui fut condamné à une peine légère pour profanation de sépultures, ses actes sexuels sur les dites ne pouvant l’être car non répertoriées dans les textes de lois. Mais le ton est donné : on commence à classifier la sexualité suivant la recherche de pathologies. Le XIXème siècle verra fleurir ces catalogues dits des perversions sans que personne n’y puisse mettre de l’ordre. Les plus connus sont ceux d’Abraham Moll, de Krafft-Ebing, de Heine, etc.
Freud à leur suite va y apporter un principe de classification et un mécanisme originaire. En élaborant la théorie des déviations quant au but et quant à l’objet, il met en place un principe logique : lorsque l’un est majeur, l’autre est mineur et vice-versa, base de toute classification depuis lors. Il théorise en même temps l’idée de ce que l’on a appelé par la suite le déni ou le désaveu, le voir la différence des sexes sans que ce voir puisse opérer.
Il apparaît assez vite que les élaborations freudiennes présentent des défauts majeurs. Ainsi en va-t-il des bipolarités comme celle du sado-masochisme qui n’existe pas selon le travail de Gilles Deleuze. Et Lacan réorganise l’oeuvre freudienne en montrant que tout désir est d’essence perverse.
Les mouvements homosexuels ont entretemps pris de l’ampleur contre la pathologisation de leurs pratiques, et ils vont obtenir gain de cause au sein de la psychiatrie : ils disparaissent des classifications américaines, soit les DSM III, III-R, IV, etc. La psychanalyse est largement en retard de civilisation, puisque des psychanalystes parleront encore de malades mentaux à propos des centaines de milliers de “gay-prideurs”. Depuis, les particularités sexuelles diverses sont sorties du champ de la pathologie et en lieu et place on y a installé la délinquance sexuelle, éminemment plus culturelle et en dépendance des changements de société.